Commencer le cégep en temps de pandémie :  une escalade sans harnais de sécurité

Illustration par Emile Parent

18 mars 2021 — Anaïs Medouni

Un gouffre s’étend devant nos yeux. Un grand saut marque le passage d’une étape de notre vie à la prochaine. Renonçant à la familiarité du rebord où nous nous tenons, nous nous lançons d’un bond vers le prochain. Nous avons fait nos au revoir: amis, école, une certaine vie… Le gouffre, soit les deux mois qui séparent la fin du secondaire du début du cégep, est escarpé et le bond d’un bord à l’autre est décisif. Mais lorsque deux mois deviennent six et que les au revoir n’ont pas été faits, le saut prend d’autres dimensions. Tel est le cas pour plusieurs d’entre nous, qui nous lançons au cégep dans des conditions moins qu’idéales, soit en contexte de pandémie.

Si le passage du secondaire au cégep est comparable à un  grand saut, le cégep en tant que tel peut alors être associé à une l’escalade vers un nouveau sommet. Or pas de grimpe sans matériel, sans préparation. Notre entreprise n’est pas des moindres; on met les pieds dans une nouvelle institution, une grande bâtisse, on adopte un nouveau rythme de vie et de nouvelles perspectives à explorer s’ouvrent à nous. Nos cordes, nos harnais de sécurité sont la socialisation, les salles de classe, les nouvelles rencontres: des appuis stables jouant un rôle essentiel afin de rendre la montée sûre et agréable. Je ne te connais pas et tu ne me connais pas non plus, mais avec un peu de temps, une nouvelle familiarité pourrait se créer. Lors de notre première journée, lorsqu’on agrippe le premier support pour entamer notre ascension, on s’attend à ressentir l’adrénaline revigorante du changement: l’air frais de l’altitude, on le désire avec impatience. Or, les appuis s’effritent sous nos mains et nos pieds, la corde de support s’effiloche, mince et fragile. Ce qui devait être une aventure excitante et pleine de défis n’est qu’épreuve, test de survie, avec l’échec qui nous guette au tournant d’un coin et l’ombre de son angoisse qui nous habite déjà. 

Cette année, l’hiver a commencé plus tôt. À l’automne, la première tempête n’a pas attendu novembre pour déferler.  Non, elle s’est jetée sur nous, s’est invitée dans nos vies dès les premières heures passées devant nos écrans. Introductions, plans de cours, début de la matière, un écran qui émet des sons, trop d’informations. La technologie réduit les interactions humaines à leur état le plus rudimentaire. On a le trac à chaque fois que l’on tend le doigt vers le bouton « unmute ». Je ne te connais pas et tu ne me connais pas non plus, et pourtant nous sommes tous dans le même bateau… on se sent seul entre ces quatre murs.

Je suis lasse de cette odeur de renfermé. J’ai appris à élargir mes murs, à tendre la main de toutes mes forces pour passer à travers, pour toucher, frôler du bout des doigts la personne de l’autre côté. Le printemps arrive, je le sens, on l’attend depuis longtemps. Je souhaite qu’une brise tiède vienne se glisser entre ces quatre murs, à travers la fente de ma fenêtre entre-ouverte et de la tienne. Je désire qu’elle allège l’air et soulève nos cœurs. En attendant cela, je continuerai à aller de l’avant. Les bourgeons fleuriront bientôt…

2 commentaires

  1. Quel beau texte! L’analogie avec l’escalade est tellement appropriée. Difficile de faire une belle montée avec un bout d’équipement seulement. Bon courage, et bon printemps!

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