Le nationalisme vaccinal au Canada

Illustration par Emile Parent

25 mars 2021 — Manu Roche-Pilotto

En date du 7 février, le nombre de cas recensés mondialement de COVID-19 s’élève à plus de 105 millions selon le site internet français CovInfo. Parmi ces cas, près de 2,3 millions ont trouvé la mort. Il semble toutefois que l’espoir soit permis. Le nombre de nouveaux cas quotidiens est en diminution significative depuis maintenant près d’un mois et la campagne de vaccination se met en branle dans de nombreux pays. Par exemple, les États-Unis et le Royaume-Uni ont déjà vacciné respectivement 36 millions et 10 millions de personnes.

Au Canada, déjà plus d’un million de personnes sont vaccinées, soit 2,76% de la population. Grâce à ses ententes avec les compagnies Moderna et Pfizer, le gouvernement canadien s’attend à recevoir 6 millions de doses d’ici la fin mars. Comme deux doses sont nécessaires pour être immunisé, cela devrait permettre de vacciner 3 millions de personnes avant cette date. Ces chiffres ne devraient pas être compromis par les récents ralentissements de production si l’on en croit Moderna et Pfizer.

En janvier, le premier ministre Justin Trudeau annonçait que le Canada recevrait 80 millions de doses en 2021, seulement avec ses ententes avec ces deux entreprises. Selon lui, tous les Canadiens le désirant pourront se faire vacciner d’ici septembre. Depuis, le Canada a acheté 20 millions de doses de plus à la compagnie AstraZeneca. Celles-ci devraient commencer à arriver dès l’approbation du vaccin par Santé Canada, attendue sous peu.

Et ce n’est pas tout, jusqu’à 3,2 millions de doses sont attendues du programme COVAX, une initiative de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) visant à rendre les vaccins contre la COVID-19 accessibles aux pays du tiers-monde. Le Canada a contribué à ce programme à hauteur de 440 millions $. Il était déjà entendu que la moitié de ces fonds serviraient à approvisionner le pays.

Toutefois, certains critiquent la décision de priver les pays en difficulté de ces doses. C’est le cas d’Oxfam Canada : « Le Canada ne devrait pas prendre les vaccins de COVAX des mains des pays pauvres pour alléger la pression politique ici. » écrit Diana Sarosi, au nom de l’organisme, dans un communiqué publié le 4 février.

De façon plus générale, plusieurs voix dénoncent les achats massifs de vaccins des pays riches. Dans un communiqué datant du 21 septembre 2020, le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus déclarait déjà : « Le nationalisme vaccinal ne fera que perpétuer la maladie et rendra plus longue encore la reprise mondiale. Travailler ensemble […] ce n’est pas faire acte de charité : il est dans l’intérêt de chaque pays de maîtriser la pandémie et d’accélérer la reprise économique planétaire. »

Le 26 janvier, au sommet économique mondial de Davos, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a déclaré de son côté : « Les pays riches du monde accaparent ces vaccins. Nous les appelons à mettre à disposition les doses excédentaires commandées et thésaurisées ».

L’Afrique du Sud, comptant 1,5 million de cas (c’est le quinzième pays le plus touché dans le monde), a dû acheter un million de doses directement des laboratoires AstraZeneca. Elle paiera ces vaccins 2,5 fois plus cher que les pays de l’Union européenne. En effet, l’UE a soutenu financièrement l’entreprise dès le début du développement de son vaccin, avant même que l’efficacité de ce dernier soit démontrée.

Bien qu’officiellement, l’Afrique soit le continent le moins touché par la pandémie, la fiabilité des données n’est pas complètement éprouvée en raison du faible dépistage. De plus, une deuxième vague virulente frappe actuellement la plupart des pays du continent.

Bon nombre de pays africains n’ont pas les moyens d’acheter des vaccins. Ils reposent donc entièrement sur l’Union africaine, qui a commandé un total de 670 millions de doses et sur l’initiative COVAX. Selon l’OMS, seulement 30% de la population africaine devrait être vaccinée d’ici la fin de l’année.

En somme, la pandémie qui sera contrôlée d’ici quelques mois chez nous risque de s’éterniser dans les pays du tiers-monde où, combinée aux conditions de vie déjà difficiles, elle pourrait faire de nombreuses victimes.

Sources

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