Les droits des personnes trans

Illustration par Élyse Zadigue-Dubé

01 Avril 2021 Flora Foxheart

Dans le monde actuel, beaucoup de questions sont posées à propos de l’égalité au Canada. Cette égalité prend diverses formes telles que l’égalité salariale, l’égalité hommes-femmes ainsi que l’égalité des droits pour les personnes trans par exemple. Je m’attarderai dans cet article au dernier cas nommé, soit les droits des personnes trans. En effet, on entend souvent parler de leurs demandes sans pour autant savoir ce qu’elles représentent et les raisons qui se cachent derrière celles-ci.

Commençons par la base : qu’est-ce que c’est qu’une personne trans? Une personne trans est simplement une personne qui ne s’identifie pas au genre qui lui a été accordé à la naissance. Cela veut plus concrètement dire que les personnes trans sont nées d’une certaine façon qui ne leur correspond pas. Afin de se sentir mieux dans leur propre vie et leur propre corps, ces personnes peuvent choisir d’emprunter une voie médicale, afin que leur physique ne soit plus une source de mécontentement chez elles. Cette voie médicale prend diverses formes telles que le remplacement hormonal, parfois nommé « HRT », ou certaines opérations telles que (pour ne nommer que les plus connues) la vaginoplastie, phalloplastie ou encore le « FFS » – opération de féminisation du visage. Il est important de noter toutefois qu’une personne trans peut très bien décider de n’emprunter aucune voie médicale afin de « transitionner » vers le genre auquel elle s’identifie.

La dernière notion dont vous avez besoin est celle de la différence entre l’identité de genre, le sexe et l’expression de genre. Le sexe est la lettre que l’on assigne aux enfants le jour de leur naissance, soit homme ou femme. Ensuite vient l’identité de genre, qui correspond à l’appellation qu’une personne préfère. En effet, une personne de sexe féminin (assigné à la naissance) peut très bien s’identifier comme un homme et demander que l’on réfère à lui à l’aide de pronoms masculins. Enfin vient l’expression de genre ou plutôt la façon dont les gens décident de présenter leur genre. Une personne de sexe masculin s’identifiant comme un homme et portant souvent des jupes ou du maquillage est une personne née homme, qui préfère être vue comme un homme, mais qui décide simplement de porter des articles typiquement féminins. Cela ne fait pas de cette personne une femme.

Maintenant que ces termes sont clairs, venons-en aux demandes des personnes trans. Ces demandes sont simples et ont pour but de rendre la vie des personnes trans moins difficile au coût de changements d’administration ou simplement de leur accorder un respect normal, comme chaque être humain (je peux vous promettre que les personnes trans sont humaines).

La première demande est la « dégenrification » des documents publiques ou l’ajout d’une option non-binaire. En effet, plusieurs personnes ne s’identifiant pas au genre inscrit sur leurs documents officiels sont obligées de porter avec eux une appellation incorrecte d’eux-mêmes pour des raisons souvent jugées non nécessaires. De plus, l’inexistence d’une option de genre non-binaire est un problème pour les gens qui s’identifient comme tel. Pour des documents où le sexe de la personne est important comme des papiers médicaux (certaines interventions médicales nécessitent une connaissance du sexe de l’individu concerné), une mention de l’identité de genre séparée de la mention du sexe pourrait simplifier la vie aux personnes trans tout en donnant de nouvelles données au personnel médical (il peut être très important de connaître l’identité de genre d’une personne, surtout si celle-ci est différente de son sexe).

La deuxième demande est la « dégenrification » des uniformes. Dans certains lieux de travail ou écoles, des uniformes sont demandés. Ils sont généralement composés d’habits différents selon le sexe de l’individu devant les porter. Le droit demandé ici est celui de pouvoir librement choisir l’uniforme voulu. Il n’est pas nécessaire dans la majorité des cas d’avoir un uniforme spécifique à son sexe et cela permettrait aux personnes trans de se sentir mieux dans leurs écoles et leurs lieux de travail.

La troisième demande est la simplification du processus de changement de nom. Souvent, au cours de leur transition, les personnes trans décident de changer de nom. C’est une demande très normale puisque leur nom n’est pas toujours typique pour leur identité de genre. Cependant, le processus de changement de nom est vraiment compliqué. Ce processus varie en fonction de la personne et peut aller jusqu’à l’obligation d’écrire une demande officielle dans un journal local, ce qui peut être un problème puisque la discrimination envers les personnes trans est très présente et peut parfois aller jusqu’au meurtre. De plus, ces changements de noms peuvent prendre des années ce qui est aussi une source de problème pour les personnes trans (une personne portant un nom typiquement masculin mais ayant une identité de genre et une expression de genre féminine est facile à identifier et à discriminer).

La quatrième demande est de déclarer les meurtres des personnes trans ainsi que leurs taux de suicide énormes une urgence nationale. Il n’est pas inconnu que le taux de suicide chez les personnes trans est très élevé, en effet, selon une étude canadienne (Veale, 2015). Une jeune personne trans sur trois a tenté de se suicider au cours de l’année 2014. En plus du taux de suicide atrocement élevé, 8,3 % des femmes trans aux États-Unis courent le risque de se faire tuer alors que ce nombre s’élève à 0,005 % pour les femmes cisgenres (dont l’identité de genre est le même que le sexe), selon l’organisation Aide aux trans du Québec. Ces données accablantes montrent que cet appel à une réaction des autorités ne sort pas de nulle part et qu’il est même normal de l’attendre.

La cinquième demande est l’abolition des « thérapies de conversion ». Ces thérapies parfois inconnues ont pour but de « convertir » des personnes LGBT en personnes cisgenres hétérosexuelles. Pourtant, comme être non-hétérosexuel et/ou trans n’est pas un choix, ces thérapies sont vouées à l’échec. Comme des résultats concluants n’arrivent jamais, peu importe les méthodes, ces thérapies deviennent un lieu de torture où les personnes LGBT apprennent à avoir trop peur pour s’exprimer librement et donc, deviennent de « faux » hétérosexuels cisgenres.

La sixième demande porte sur l’abolition de la « Gay/Trans panic defense ». Cette loi excuse partiellement les meurtres portés sur les personnes LGBT. En effet, si vous ne faites ne serait-ce que soupçonner une personne LGBT de vous faire des avances, tuer cette personne vous apportera beaucoup moins d’années en prison qu’un meurtre porté sur une personne hétérosexuelle cisgenre. Cette loi barbare permet à des meurtriers de retrouver leur liberté très vite et autorise d’une certaine façon les crimes haineux à l’encontre des personnes LGBT.

La septième demande est liée aux mutilations sur personnes intersexes. Lors de la naissance, des enfants naissent parfois en présentant des caractéristiques à la fois masculines et féminines (environ 1 sur 2000). Ces enfants sont presque toujours mutilés afin qu’ils ne présentent qu’un seul type de caractéristiques. Ces interventions présentent de nombreux risques de complications alors que l’enfant peut généralement très bien vivre sans elles. Il est donc dangereux de permettre ces interventions médicales qui, de plus, augmentent radicalement les chances que ces enfants se sentent mal dans leurs corps.

La huitième demande vise à éradiquer la discrimination envers les personnes trans et d’instaurer une protection en lieux de travail pour les personnes trans. Après avoir lu ce texte, il est clair que la discrimination envers les personnes trans est très présente et mortelle. Ces discriminations peuvent souvent rendre la recherche de travail très difficile pour une personne trans et il serait donc important de permettre aux gens trans d’accéder à un emploi sans se faire juger et refuser pour des raisons discriminatoires à l’aide d’une politique de protection. Nous avons aussi tous un rôle à jouer afin de faire cesser cette discrimination. Si vous remarquez un comportement discriminatoire porté envers une personne trans, signalez-le et si c’est en votre pouvoir, essayez d’aider la victime.

La neuvième demande comporte plusieurs aspects, dont l’accès égal aux services, la représentation dans l’éducation et l’accès plus simple au traitement hormonal. En effet, les personnes trans peuvent exprimer de grandes difficultés afin d’accéder à certaines ressources telles que de l’aide médicale et psychologique puisque certains professionnels refusent de les servir. Ensuite, l’existence des personnes trans est généralement complètement effacée des lieux d’éducation. Le problème est que certains jeunes trans peuvent se penser seuls, ne pas savoir quoi faire de leurs sentiments et ne pas avoir accès aux ressources dont ils ont besoin. De plus, lorsqu’une personne cisgenre en rencontre une trans, elle ne sait généralement pas comment réagir et peut être très surprise, ce qui peut mener à des réactions violentes. Finalement, l’accès au traitement hormonal est très compliqué pour les personnes trans. Le processus pour accéder à ce traitement en grande partie réversible demande plusieurs années. Récemment, il a été déclaré qu’il y aurait moyen de réduire ce processus. Toutefois, cela ne serait qu’un moyen plus efficace de délayer l’accès au traitement hormonal, pas une solution. En effet, l’œstrogène peut être prescrit aux hommes perdant leurs cheveux, et ce, très rapidement. Bien que les doses administrées soient plus petites dans ces cas, il n’en reste pas moins que l’accès à cette hormone est plus simple pour certaines personnes que d’autres pour des raisons discriminatoires.

J’aimerais conclure en vous rappelant que ces demandes ne visent pas à accorder des droits que les personnes cisgenres n’ont pas aux personnes trans. Elles servent plutôt à rendre les droits des personnes trans égaux aux droits des autres. Toutefois, les personnes trans ne sont pas les seules à avoir moins de droits ou moins de respect que les autres, je crois reconnaître là un des grands problèmes de notre époque.

Sources

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