RAPPORT DE RECHERCHE de sociologie

EN QUOI LE CULTE DU CORPS ET DE LA JEUNESSE RENFORCENT-ILS L’INDUSTRIE DE LA PORNOGRAPHIE DANS LES SOCIÉTÉS CONTEMPORAINES ?

Rapport de recherche réalisé dans le cadre du cours Dynamique et enjeux des changements sociaux, par Ariane Bussières-Fournel, Lou Chamko-Vaidie et Kimvie Ngo

INTRODUCTION

         Autant le culte du corps et de la jeunesse est apparent partout (publicité, magazine, réseaux sociaux et plusieurs autres plateformes), autant la pornographie est un sujet plutôt tabou, même dans les sociétés modernes. Pourtant, ce sont deux phénomènes intimement liés qui cohabitent et s’entretiennent. D’ailleurs, de nombreux sociologues, anthropologues et scientifiques réputés se sont penchés sur les conséquences que ces enjeux peuvent avoir sur un individu, tout comme une population en entier. En étudiant ces phénomènes qui peuvent paraître banals et bénins, de nombreuses problématiques en découlent, ce qui soulève plusieurs questions sur les sociétés du 19ème et 20ème siècles.                                        

En réunissant ces deux phénomènes, d’autres en découlent. Comme, par exemple, la violence envers les femmes. En rabaissant les femmes à des objets, à une technique de vente, à de simples jouets sexuels, l’hyper masculinité est plus acceptée et devient une attitude de plus en plus percevable chez la gente masculine. En conservant cette image de la femme toujours inférieure à l’homme, la domination masculine est excusée et il en est ainsi au lit comme dans la vie professionnelle. Richard Poulin affirme que ce rabaissement mène à une montée d’insécurité et d’angoisse chez les femmes. Le regard des hommes dicte le statut des corps des femmes. En ce sens, ils ont le pouvoir sur le corps féminin, tel que montré dans les films X, et cela mène une importante perte d’estime de soi. Les femmes ne sentent plus nécessairement que leur corps leur appartient, ce qui est un enjeu important alors que nous vivons dans une société où le contrôle sur son corps représente le contrôle sur sa vie.  

Selon Diana E.H. Russell, cette violence faite aux femmes dans la pornographie qui est souvent transposée, par la suite, dans la vie conjugale, peut aussi mener à la discréditation des femmes à plusieurs niveaux. Dans son texte The Politics of Rape (1974), elle affirme : « Si la libération sexuelle ne s’accompagne pas d’une libération des rôles sexuels traditionnels, il peut s’en suivre une oppression des femmes encore plus grande qu’auparavant. »  Cette citation représente bien les conséquences que l’on peut percevoir de nos jours, en étudiant les liens entre le culte du corps et de la jeunesse et la pornographie.              Avec la libération des femmes est venue la libération sexuelle, pourtant, la représentation féminine en pornographie et dans le milieu de la mode est pire que jamais. Les jeunes femmes, et même les filles, sont utilisées pour mettre en valeur, soit l’homme, soit un produit divers. La violence à l’égard des femmes qui découle de la mauvaise représentation de celle-ci affecte les femmes dans plusieurs aspects de leur vie.                          

En considérant le culte du corps et de la jeunesse et la pornographie comme des phénomènes liés qui mènent à des conséquences semblables, la question se pose : En quoi le culte du corps et de la jeunesse renforce-t-il l’industrie de la pornographie dans les sociétés modernes ? Pour répondre à cette question qui est plus que jamais d’actualité, un historique de la pornographie et de ce culte sera détaillé, en démontrant que ce ne sont finalement pas des phénomènes issus de la modernité, mais qui datent, ainsi qu’en expliquant leur évolution au cours des siècles, de l’Antiquité à aujourd’hui. Par la suite, il sera important de définir les personnes les plus atteintes par les phénomènes à l’étude, et en quoi leurs relations en sont affectées. Pour finir, certains phénomènes plus récents, nés avec la montée en popularité de la pornographie et l’omniprésence du culte du corps et de la jeunesse, seront présentés.

PORTRAIT ET ANALYSE DE LA PROBLÉMATIQUE

LE CULTE DU CORPS ET LA PORNOGRAPHIE, PHÉNOMÈNES ISSUS DE LA MODERNITÉ ?

Un certain nombre de gens croient que la pornographie est un fait spécifiquement contemporain. S’il est vrai que la diffusion massive de l’acte sexuel indépendant de toute visée religieuse, politique ou artistique caractérise une forme de nouveauté entre 1850 et nos jours, la pornographie existe depuis bien plus longtemps.                           

L’Antiquité, période durant laquelle les philosophes et les médecins fixent les principes, diététiques, ablutions, jeux et gymnastiques qui donnent naissance à une culture du corps, est aussi l’époque qui voit apparaître le mot « pornographe ». Les scènes érotiques peuplent déjà l’espace domestique : des tableaux pour l’aristocratie aux poteries pour le plus grand nombre, les scènes anticipent certains aspects de la pornographie moderne. Alors que la « sculpture de soi prend une valeur esthétique et morale » (Queval, 2012), les cas de censure soulignent la puissance attribuée par le pouvoir des écrits et des images aux représentations pornographiques.                        

La pensée chrétienne, prenant toute son ampleur au Moyen Âge, radicalise la distinction entre l’âme et le corps. Le souci de soi est celui de l’âme et les désirs doivent être purifiés. La Renaissance annonce un retour en force de la représentation du corps humain vigoureux, jeune et triomphant. Puis, il y a un retour du balancier : « la Renaissance, en libérant la nudité, a déclenché la plus formidable campagne de pudeur artistique des temps modernes » (Bologne cité dans Martin, 2003). On recouvre les sexes de feuilles et de draperies.                                                                

Le XVIIe siècle voit naître un genre nouveau : le roman. L’écrit pornographique souhaite donner pour vraie une représentation du corps comme d’une chair fragmentée, d’où l’hyperréalisme des descriptions et l’irréalisme des situations. Le roman, associé au développement de l’imprimerie et aux progrès de l’alphabétisation, permet à un public plus large de se procurer des écrits qui font craindre aux autorités le pouvoir incitatif de la représentation. Il y a répression des livres licencieux, ce qui contribue à construire la pornographie comme genre réservé à une élite masculine et lettrée. À ce propos, Laurent Martin, dans Jalons pour une histoire culturelle de la pornographie en Occident (2003), dit de cette littérature qu’elle répond « trop évidemment à un besoin, en tout cas à une demande, pour n’être que l’enfant paradoxal d’une volonté répressive. » L’entrée dans XVIIIe siècle, où l’on croit qu’il faut cultiver une perfectibilité corporelle susceptible d’améliorer le destin individuel, est ainsi synonyme de succès pour le patrimoine culturel pornographique. La charge subversive de ces écrits aurait résidé dans l’interchangeabilité des êtres et des corps et la sexualité masculine et féminine « rompant avec toutes les conventions sociales, et en particulier avec les modèles familiaux qui se modifient sensiblement au XVIIIe siècle. La Révolution, qui connaît une suppression de la censure et des tabous liés à la représentation du sacré, permet aux pamphlets pornographiques de connaître un bond quantitatif et qualitatif.   

Au siècle suivant, le processus de sécularisation des sociétés européennes permet à la pornographie de devenir strictement commerciale et de connaître un important développement industriel. Cette dite industrie bénéficie d’avancées technologiques majeures du XIXe siècle telles que l’apparition de la photographie et l’invention du cinématographe.                                     

Le XXe siècle connaît une avalanche de changements liés la conception du corps et de la sexualité : remise en cause des rôles traditionnels et libération sexuelle dans les années 70, nouveau discours libéral remplaçant la liberté sexuelle par le devoir de performance et l’idéal de jeunesse et de minceur dans les années 80, puis dans les années 90, instrumentalisation et commercialisation du corps de la femme et son image. Le changement social[1] qu’est la révolution sexuelle a permis aux femmes d’obtenir le droit au désir et au plaisir, à la vie sexuelle sans que celle-ci soit absolument liée à la reproduction. Si la tolérance et le respect des différences est au cœur de la révolution sexuelle, ce changement prend rapidement un virage pervers : « On est passé de la communauté à la cellule, du grand prosélytisme libérateur au huis clos libertin » (Martin, 2003). L’apparition de nouveaux médias tel que la vidéo et le numérique facilite cette évolution : l’expérience pornographique se déroule désormais dans un cadre solitaire, ce qui contraste avec l’émergence de différentes formes de convivialités autour de l’exhibition de l’intime. La libération sexuelle devient prétexte à une sexualité de l’extrême. Objectivation et morcellement du corps, la performance sexuelle est considérée comme une obligation.                                                          

Les évènements du XXIe siècle confirment une révolution dans notre considération du corps: il est question de modifier le corps, dans l’optique de modifier la nature. Le sociologue Richard Poulin affirme dans son article Pornographie, rapports sociaux de sexe et pédophilisation (2009): « Dans la nouvelle mouture du capitalisme, le contrôle de soi est la condition à la vente de soi, laquelle est elle-même une condition de la réussite sociale. » En effet, le culte contemporain du corps-œuvre, indéfiniment perfectible, est gage d’une nouvelle forme d’intériorisation, à mi-chemin entre une prescription collective et une volonté personnelle. La minceur est synonyme de distinction[2] et de volonté, de par la santé préservée, la vieillesse combattue, la beauté sculptée dont elle témoigne. Au contraire, l’obésité, infraction aux codes de la santé et provocation esthétique, incarne le relâchement physique et psychologique, soit l’abandon de soi.                                           

Ainsi apparaît un champ normatif définissant les marges du normal et du pathologique, de l’intégration sociale et professionnelle et de l’exclusion, du bien et du mal. Cette nouvelle norme[3] se caractérise par une multiplicité des modèles et des choix, mais où le corps est impérativement performant. Le sujet se doit « d’être soi, de se construire, de se créer, de se projeter, de s’éclater, de s’auto-discipliner, de se sculpter » (Queval, 2012), et ce, de par son corps-capital, ce marché, cette industrie. S’il doit y avoir de la douleur au cours du processus, cela est symbole de volonté, d’excellence. On peut ici faire un parallèle avec le devoir de plaisir imposé dans le domaine de la pornographie, où supporter la douleur peut-être gage de carrière à succès, de dépassement de soi.  

À cette époque où chacun fait ce qu’il lui plaît, où chacun se construit pour lui-même, une forme d’individualisme anomique[4] voit le jour. Il faut jouir de son corps d’une jouissance balisée par le sanitairement correct. En bref, plus « le corps est moulé et exhibé, plus il est artificiellement construit et dépouillé de sa naturalité, plus il est » (Poulin, 2009). Notre perception actuelle du corps et de la jeunesse, en la projetant dans l’industrie de la pornographie, permet à celle-ci de prospérer, de la même manière que la pornographie exploite nos conceptions de la représentation physique. En effet, la consommation de pornographie n’est plus un acte délibéré, l’exposition involontaire des jeunes à celle-ci est en hausse. Désormais, la consommation n’est plus exclusivement masculine, les femmes aussi consomment. Cette consommation, qui commence de plus en plus jeune, influence la sexualité des filles (42%) et des garçons (58%) (Poulin, 2011). Plus ils commencent à visionner de la pornographie tôt dans leur vie, plus ils consomment avec régularité et fréquence, plus leur corp est modifié, plus ils sont anxieux quant à leur image et leurs capacités physiques. Ce processus de rajeunissement, lié à l’hypersexualisation dans nos sociétés, permet à l’industrie du sexe de recruter de très jeunes filles, ce qui créer une forme d’« adocentrisme », voire de jeunisme. 

UN CULTE QUI N’ÉPARGNE PERSONNE ?

Afin de comprendre ces deux phénomènes que sont le culte du corps et de la jeunesse ainsi que la pornographie, il est nécessaire de définir les catégories de personnes touchées par ces deux phénomènes sociaux et comment elles en sont affectées.                                

Dans un premier temps, il faut comprendre qui sont les principaux acteurs influençant les personnes touchées par la problématique. Depuis plusieurs années, les médias sont omniprésents dans nos vies, nous dictant comment nous habiller, comment nous comporter et comment vivre. Ainsi, les chroniqueurs, blogueurs et journalistes sont devenus des spécialistes et experts, entre autres à cause de la montée de leur notoriété, en matière de comment bien vivre. Entre chronique sur comment plaire à son mari, comment perdre du poids et comment attirer l’œil de la gente masculine, des publicités se glissent, mettant de l’avant des femmes hyper sexualisées, de plus en plus jeunes, afin de vendre divers produits. Ce désir si important de représenter un corps parfait qui répond à tous les critères de la société se reflète dans les publicités qui se retrouvent dans les médias. Il en va de même pour les personnalités connues qui influencent les jeunes à modifier leur corps dans le but d’atteindre une perfection esthétique.                                                            

La technologie a donc joué un rôle prédominant dans ces deux phénomènes en facilitant l’accès aux propos soutenus par les compagnies de mode, de magazines, de cosmétiques, etc. D’ailleurs, plus de troubles d’anxiété liés aux représentations de la sexualité ont émergé, suite à la montée de la technologie. Aussi, grâce au tournant numérique, il y a une montée de la popularité et un renouveau important pour le monde de la pornographie, ce qui créer une corrélation intéressante entre l’hyper sexualisation, principalement des femmes, dans les médias et la pornographie.                                                   Dans un deuxième temps, les personnes les plus visées et touchées par ces acteurs sont davantage les femmes, les jeunes filles, les minorités visibles et les classes populaires. En mettant de l’avant une peau parfaite, un corps mince sans imperfections dans les publicités et autres, soit le culte du corps et de la jeunesse, les adultes ont une volonté grandissante de faire plus jeune. De cette façon, la distinction des âges est plus floue. Les jeunes veulent avoir l’air plus vieilles et les plus vieilles, plus jeunes. Dans cette optique, à travers ce culte que prônent nos sociétés, la pornographie tente de rester populaire en modifiant son contenu, pour mettre en avant plan des scénarios avec de plus en plus de jeunes filles. C’est jusqu’à ce demander si ces actrices sont majeures. Selon Richard Poulin, lorsque l’on tape Lolita sex dans les sites pornographiques, 2 510 000 résultats sortent, pour teen sex, soit des actrices entre 13 et 19 ans, il y a 24 000 000 résultats et pour preteen porn, donc des actrices de moins de 13 ans, il y a 1 500 000 résultats (Poulin, 2011). Cette nouvelle tendance vient directement de notre fascination pour un corps féminin, idéal et jeune. C’est ainsi que la plupart des personnes de sexe féminin se laissent influencer par cette tendance et prennent ceci comme exemple. Par exemple, selon un autre texte de Richard Poulin, une élève ukrainienne sur six voit la pornographie comme quelque chose de positif et représentatif du luxe et du plaisir se dégageant des pays de l’Ouest (Poulin, 2009). De plus, au secondaire, à Moscou, une élève sur quatre envisage la prostitution comme une option.             

Selon Brian McNair, ceci découle du concept de la pornographisation qui est un processus qui donne à l’iconographie pornographique un caractère ordinaire, où la fascination pour le sexe et la sexualité explicite s’est répandue dans les médias de masse (Lebreton, 2008). Ceci favorise aussi le recrutement chez les plus jeunes, soit un âge moyen de 14 ans chez les jeunes Canadiennes (Poulin, 2009). Les jeunes filles cherchent à plaire et à ressembler aux modèles se retrouvant sur les magazines. Selon le Centre National d’information sur les désordres alimentaires, plus de 300 000 Canadiennes vivent avec un trouble alimentaire, ce qui équivaut à 7% de la population féminine.                                                                 

Il ne faut pas oublier celles qui ne se reconnaissent pas chez les mannequins. En effet, les minorités visibles, soit les personnes de couleur ou ayant des corps sortant des normes, sont davantage victimes du pouvoir des médias. C’est pourquoi, selon Jacob Brumberg (1997), 53% des Américaines de 13 ans sont insatisfaites de leur corps et 78% des adolescentes 17 ans le sont (Vinette, 2001). Les classes moyennes et ouvrières sont aussi davantage touchées, puisque les produits vendus par les femmes « parfaites » sont surtout des produits de luxe qui ne s’adressent pas à ces classes. Ne pouvant se reconnaître dans cette publicité visant un public particulier, un certain malaise se forme chez les personnes moins fortunées et cela crée un manque de représentants à qui s’identifier. En idéalisant un type de corps et un type de classe cela délaisse une bonne partie de la population, les différenciant du reste. Les personnes ne pouvant se reconnaître dans ce type de mannequin sont plus sujets aux discriminations par rapport au physique, au rejet, à l’anxiété et aussi au manque de confiance en soi. Ainsi, les différents types de femmes ne sont pas sur le même piédestal, ce qui crée une inégalité sociale, soit une distribution de traitements différents en fonction par exemple le rapport aux autres, qui peut créer une certaine hiérarchie, ou la classe sociale. Plusieurs tensions et problèmes peuvent découler des deux phénomènes inclus dans notre question, qui sont fortement liés.                       

Dans un troisième temps, le culte du corps et de la jeunesse ainsi que la pornographie touchent différemment les personnes concernées, et affectent les relations entre elles, par exemple entre les hommes et les femmes. Avec l’arrivée de la nouvelle ère de la pornographie, de nouvelles normes sont adoptées et mises de l’avant. Ces différentes normes qui dictent les relations sexuelles, principalement hétérosexuelles, forgent dans l’esprit public les différents rôles des deux sexes opposés. En ce sens, les relations entre les hommes et les femmes en sont transformées à un certain niveau. Étant des classes de sexe antagoniste, les rôles sont déjà perçus différemment entre autres à cause de l’habitus sexué qui est une disposition à agir, à penser et à percevoir selon son appartenance sexuelle. C’est un pré savoir transposable.                                                         

La domination masculine, très présente et mise en valeur dans les films pour adultes, impose aux femmes une maîtrise de leur corps. Il y a donc une certaine opposition entre les deux sexes, qui n’interprètent pas les images de la même façon lors des films X. Étant la nouvelle éducation sexuelle, la pornographie peut donc conditionner les jeunes à une certaine vision de la sexualité. Par rapport aux institutions médiatiques, celles-ci prennent avantage de la popularité du culte pour faire des profits. Selon une analyse sociologique, « notre culture actuelle incite à la production de discours autour du sexe, lequel est de plus en plus lié à la jeunesse et à la culture de consommation » (Lebreton, 2008). Le corps des femmes offre un marché florissant ce qui aide l’économie, surtout dans le domaine de la beauté, mais aussi des sites pornographiques.                                                  

En dernier lieu, selon Richard Poulin, les « représentations des corps et les valeurs qu’elles induisent, le travail incessant de gestion des apparences pour se conformer à cet idéal, reproduisent à leur échelle les pouvoirs de la structure sociale. » Cette citation prouve l’importance des répercussions sur les personnes, mais aussi dans le statut dans lequel elles s’inscrivent (Poulin, 2009).

LA NAISSANCE DE NOUVEAUX PHÉNOMÈNES SOCIAUX

Finalement, comme vous l’aurez sûrement compris, la pornographie est beaucoup plus complexe et beaucoup plus influente dans la société que ce qu’elle n’en a l’air. Elle est omniprésente et elle se retrouve partout dans la vie de tous les jours, que ce soit dans les publicités, les émissions télévisées, la musique populaire ou même dans la littérature. La consommation de pornographie augmente de plus en plus et ses effets et conséquences sont parfois sous-estimés. Vers la fin des années soixante, la pornographie était considérée comme inoffensive par des études effectuées au Danemark et aux États-Unis. Cependant, ces études ont été critiqués par des experts et il a même été prouvé que des donnés, démontrant un lien entre la consommation de pornographie et la violence sexuelle, existaient et ont été supprimées. Dans ces informations supprimées, il a été découvert que la raison pour laquelle les femmes sont moins stimulées par la pornographie que les hommes, est tout simplement parce qu’elles sentent moins concernée par le message que la pornographie offre, que ce soit à cause du corps parfait que la femme doit avoir pour satisfaire l’homme, ou par la soumission que celle-ci à par rapport à l’homme (Russell, 1983).                                                                                      

De plus, au Canada, en 1985, des psychologues ont fait quelques recherches concernant la pornographie et la prostitution. Tous les psychologues ne sont pas d’accord, mais certaines affirment que le lien entre la pornographie et la violence sexuelle existe vraiment. Le fait que l’orgasme masculin, ainsi que les réactions positives des femmes face à des situations dégradantes, soient au cœur de l’action laisserait croire aux hommes que tout cela est réel et que la femme aime la domination. De ce fait, les hommes pourraient développer une forme de violence sexuelle et cela serait peut-être même lié au viol. En effet, le philosophe Frischback a démontré que certains consommateurs banalisent le viol, sont stimulés par les agressions et ont une vision de la femme plutôt dégradante, et où celles-ci sont insignifiantes (Frischbach, 1978). De plus, il y eut, en 1978, une augmentation du nombre d’hommes banalisant le viol et étant peut-être même prêt à en commettre un. Ces études montrent donc que la pornographie peut créer un changement d’attitude chez le consommateur, mais ne prouve en aucun cas que la pornographie cause le viol. En ce qui concerne la violence sexuelle, il est vrai que la pornographie peut jouer un rôle, mais uniquement chez certains hommes. En effet, ce rôle varie énormément selon les hommes, il est donc impossible de savoir quels facteurs expliquent la violence sexuelle (Poulin, 2011). Cependant, il existe d’autres facteurs qui peuvent expliquer le haut taux de violence sexuelle, tel que l’hyper masculinité. Ce haut taux explique un lien entre la consommation de pornographie et les crimes sexuels. L’hyper masculinité est le pouvoir qu’un homme exerce par rapport à une femme de par sa puissance, sa domination ou encore sa réussite sociale et se fait parfois même sans consentement, ce qui peut mener jusqu’au viol. Elle est donc étroitement liée à la pornographie qui place les désirs de l’homme et la domination de celui-ci au cœur de l’action et qui démontre une image de la femme plutôt soumise à son partenaire. Richard Poulin, en 1993, met de l’avant que les violeurs n’ont pas d’expériences anormales par rapport à la pornographie, mais leurs consommations seraient plus grandes et ce serait le fantasme de réaliser les scènes vues qui les pousseraient à commettre l’acte. Toutes ces études prouvent que les effets de la pornographie ne sont présents que chez certains hommes qui sont enclin à la violence sexuelle, où qui font preuve d’hyper masculinité. En 1983, les recherches de Russell ont démontré qu’à San Francisco en 1978, 10 % des femmes se sont vu réaliser le fantasme d’hommes qui voulaient essayer des choses qu’ils auraient vus dans un média pornographique. Cependant, il faut aussi savoir que davantage de femmes qui ont vécu cette expérience ne savent pas si leur partenaire regarde ou non de la pornographie. De ces 10%, 74% des femmes ont été victimes de viol. Le viol se retrouve partout, que ce soit dans un couple ou même en tant que prostitué. Dans une autre étude, effectuée dans années 2000, il a été trouvé que 57% d’hommes accusés de viol ont voulu reproduire la même chose que dans les films qu’ils auraient vus.                                 

En 2001, l’UNICEF a aussi démontré des liens entre la production de pédopornographie et la prostitution d’enfants, ce qui semble logique. La traite de pédopornographie et la vente d’esclaves sexuelles mineurs est une chose présente dans la plupart des pays asiatiques. Aux Philippines 100 000 enfants et femmes sont victimes de violences sexuelles, 400 000, en Inde 100 000, à Taiwan 200 000, en Thaïlande (Unicef, 2003). Malgré tout, les États-Unis restent tout de même l’un des plus gros producteurs de pédopornographie. L’utilisation d’enfants dans l’industrie pornographique a rapporté plus d’un milliard de dollars aux États-Unis, en 1983. La plupart des psychiatres s’accordent à dire que la pornographie peut être très addictives pour certaines personnes et elle peut être un facteur incitatif à la criminalité sexuelle. En effet, l’étude Coderre-Poulin a été menée, en 1986, dans les prisons et il a été reconnu que 77% des pédophiles ont agressé des petits garçons, 87% ont agressé des petites filles et ces derniers ont été fortement influencés par la littérature pornographique. De plus, 40% des criminels sexuels ont utilisé du matériel pornographique avant de commettre leur crime.                                                                              

La pornographie a une énorme influence sur la société et sur l’individu qui la consomme, qu’il soit adolescent ou adulte. Des recherches, en 2000, sur les contenus pornographiques des médias et le comportement sexuel des jeunes, où les médias influencent les valeurs adoptées par les adolescents, prouvent que certains jeunes considèrent que les médias de tous les jours sont aussi instructifs que l’école, sexuellement parlant. En effet, aujourd’hui, grâce à Internet, les choses sont beaucoup plus rapidement et facilement accessible et les pièges, comme les « pop-ups », sont omniprésents sur le web, ce qui encourage davantage la visibilité de la pornographie auprès des jeunes (Finkelhor, 2001). Bref, la pornographie est en lien avec plusieurs phénomènes sociaux tel que la violence sexuelle, le viol et même la pédophilie. Cependant, ces études ne parlent que de relations hétérosexuelles, car c’est ce qui est le plus documenté, mais il faut savoir que les violences sexuelles se font aussi dans les couples homosexuels et peuvent provenir des femmes envers les hommes.

CONCLUSION

En conclusion, nous avons pu montrer que le culte du corps et de la jeunesse renforce l’industrie de la pornographie, de par l’interdépendance de ces deux phénomènes et l’usage que nous en faisons dans nos sociétés modernes. Bien que la pornographie existe depuis l’Antiquité, celle-ci a su évoluer au fils du temps par différents moyens, des tableaux érotiques, jusqu’à la cinématographie, en passant par le roman. Même si la pornographie n’a pas toujours été acceptée, il n’empêche pas que, dans les temps modernes, elle est très influente et importante par rapport au culte du corps et de la jeunesse.                                                                                           

En effet, ce phénomène touche aujourd’hui de plus en plus de monde et il occupe une place importante dans l’esprit de gens de plus en plus jeune. Certains sociologues tel que Richard Poulin, ainsi que David Le Breton, s’accordent à dire que cela émane de la pornographisation, qui est la visibilité de sexualité explicite et de sexe dans nos médias de tous les jours, comme dans ces publicités où un homme beau et musclé séduit plusieurs femmes grâce à son parfum, ou encore dans ces magazines où des femmes minces et belles nous aguichent avec des titres comme « 20 astuces de pros minceur » ou encore « Je veux un ventre plat ». Tous ces médias donnent la même image de la femme jeune, mince, belle et sexy et de l’homme jeune, beau, fort et virile qui semble être le modèle parfait pour tous les jeunes. De ce fait, la pornographie nous donne une image où la femme soumise et insignifiante doit plaire à l’homme dominant et virile. En conséquence, cela encourage plusieurs phénomènes sociaux, tel que la violence sexuelle, le viol ou encore la pédophilie. Elle crée aussi des complexes chez les jeunes femmes qui font tout pour être comme ces femmes représentées à la télévision, qui plaisent tant aux hommes, mais créer aussi une forme d’hyper masculinité chez les hommes qui souhaitent être vus comme de « vrais hommes » viriles et puissants.                                                                                                  

Ce monde où la sexualité est si importante fait des victimes dès l’âge de 14 ans. En effet, une autre conséquence de l’omniprésence de la pornographie est l’hyper sexualisation. Dans une étude de Richard Poulin, en 2009, il est mentionnée que le recrutement dans l’industrie du sexe, chez les canadiens, est à l’âge moyen de 14 ans. Cela a pour conséquence de créer une sorte d’adocentrisme, où les gens recherchent de la pornographie avec des actrices de plus en plus jeunes grâce à des tags tels que « teen porn » ou encore « preteen porn » sur les sites pornographiques. Cela a même pour conséquence d’accroître les cas de pédophilie et, ainsi, de créer un certain phénomène de pédophilisation. Bref, les sociétés issus de la modernité connaissent une pornographie est renforcée par le culte du corps et de la jeunesse.                                       

Parmi les principales difficultés rencontrées lors de nos recherches, il eut le cas où les phénomènes sociaux cités étaient souvent les mêmes, soit l’hyper sexualisation et la plupart des texte se répétaient. Même si les lectures furent intéressantes et très éducatives, il s’agissait parfois des lectures difficiles, dans le sens où certains témoignages n’étaient pas très amusants à lire : il y avait des témoignages d’actrices pornographiques ayant subi certaines choses horribles. Même si ces témoignages avaient un lien avec notre recherche, nous n’avons pas trouvé pertinent, en plus du défis de synthèse que constitue ce travail, de les mettre dans notre travail de recherche, car le lien avec le culte du corps et de la jeunesse n’y était pas. Nous aurions fait des liens avec leur témoignage en faisant une entrevue avec une actrice, ce qui n’a pas pu être réalisé.            

Malgré tout, ces lectures intéressantes ont ouvert la voie à plusieurs autres interrogations qui pourraient conduire à de nouvelles perspectives de recherches. Nous vivons dans une ère où les gens s’acceptent de plus en plus, où ils sont davantage renseignés et intéressés par le culte du corps et de la jeunesse et se rendent compte de l’ampleur de ce phénomène qui oriente bien des vies. À quel moment et de quelle manière a-t-on commencé à essayer de combattre ce culte du corps et de la jeunesse ? Aussi, la beauté, capital de nos sociétés, laisse-t-elle place à un corps-machine performant et increvable ? Où seront nos limites corporelles dans l’avenir ?

Sources

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[1] Selon le sociologue Guy Rocher, le changement social est « une transformation observable dans le temps, qui affecte, d’une manière qui ne soit pas que provisoire ou éphémère, la structure ou le fonctionnement de l’organisation sociale d’une collectivité donnée et modifie le cours de son histoire » (Noël et Fortier, 2018, p.61). 

[2] La distinction est la séparation « entre les modes de vie selon qu’on appartient à la classe sociale dominante économiquement et/ou culturellement, à la classe moyenne ou à la classe dominante » (Ernaux, 2014, p. 24).

[3] Les normes sont des « modèles de comportement, comprenant à la fois des prescriptions de conduites culturelles et des interdictions consensuelles sanctionnées, qui sont intériorisés par les membres du groupe » (Noël et Fortier, 2018, p. 195).

[4] L’anomie est le produit du dérèglement des normes sociales et du flou qui les entoure. Il s’agit du déséquilibre entre les désirs individuels et les moyens offerts pour y parvenir. Un excès d’individualisme peut causer de l’anomie. (notes de cours, 2020)

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