L’amitié selon une introvertie

Illustration par Emile Parent

29 avril 2021 Sarah-Maude Lauzon

Je me suis toujours considérée comme quelqu’un de solitaire. Petite, mes meilleurs amis étaient les livres. Je m’entendais bien avec tout le monde, mais je n’ai jamais vraiment su comment devenir amis avec les autres enfants et, peut-être qu’au fond, c’est parce que je n’en avais pas envie. Je vagabondais d’un groupe à l’autre et j’entretenais des relations même si je savais que nous n’étions que des connaissances et que ça ne changerait jamais, simplement parce que ça me convenait. 

Avec le recul, je sais que je partais quand j’en avais assez. Je partais quand il y avait trop de monde qui parlait en même temps ou que je devais leur offrir trop de mon énergie, et c’est quand je l’ai compris, un peu tard peut-être, que j’ai également compris que c’est parce que je suis introvertie. 

Être introverti.e ne signifie pas être insociable, c’est uniquement que mon seuil de sensibilité à la dopamine est plus bas que la moyenne, donc que je suis facilement stimulée et qu’une fois mon seuil de « bonheur » ou d’interactions sociales atteint et dépassé, je me renferme sur moi-même et j’ai besoin de calme et de solitude à tout prix pour décompresser. 

C’est finalement sans m’en rendre compte que des personnes sont entrées dans ma vie, un peu comme si je marchais seule en regardant droit devant, que je prenais soudainement le temps d’observer autour et que je réalisais avec surprise qu’une personne géniale m’accompagnait depuis déjà quelques kilomètres. La première fois que j’ai réalisé que quelqu’un était devenu plus qu’une connaissance, que je tenais à elle plus qu’aux autres, c’était vers l’âge de 15 ans. 

La majorité des gens que l’on rencontre dans une vie reste des inconnus. Ceux que l’on fréquente plusieurs fois par semaine peuvent se mériter le titre de connaissances, mais rares sont ceux qui deviendront des amis. C’est difficile de trouver les bonnes personnes pour nous accompagner. Ce n’est pas parce que nous avons plusieurs points en commun et que nous nous entendons bien que nous sommes amis. C’est à force de s’ouvrir à l’autre, à force de partager des histoires, des secrets, et finalement une partie de soi-même qu’on le devient. C’est lorsqu’on accepte de montrer son côté le plus sombre et que l’autre reste pour nous aider à le combattre. C’est quand l’autre finit par connaître tellement de choses sur nous, et nous sur lui, qu’il est impossible de s’imaginer une suite où nos chemins se sépareront pour toujours. 

L’amitié ce sont les regards qui veulent tout dire, les regards qui hochent ou secouent la tête à la place de cette dernière, les regards qui mettent la main sur l’épaule pour signifier « je sais ce que tu vis, tu n’es pas seul.e, je suis là ». L’amitié c’est cette épaule toujours là. L’épaule sur laquelle on peut s’appuyer, sur laquelle on peut pleurer, mais aussi sur laquelle on peut passer le bras pour serrer l’autre contre nous. L’amitié c’est comme un pacte sacré à chaque fois qu’on se raconte quelque chose de notre vie. L’amitié c’est la famille qu’on choisit.

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